06 mars 2009
Grand Torino - Film de Clint Eastwood
Grand Torino
Film de Clint Eastwood
Avec
Clint Eastwood
Bee Vang
Ahney Her
Durée: 1h55 - Distribution: Warner Bros
Walt Kowalski est un ancien de la guerre de Corée donc autant vous dire qu'il ne faut pas venir l'emmerder, d'autant plus qu'il vient de perdre sa femme et qu'il se retrouve seule avec sa chienne Daisy. Il se trouve que Walt est également ce que l'on appelle un facho d'exception à première vue: il déteste les étrangers. Il n'est en vérité que xénophobe (la peur des étrangers donc, ce n'est pas exactement la même chose) et ce sont ses voisins qui vont en faire les frais, dont Thao qui va se faire embringuer par un gang et qui va piètrement tenter de lui piquer sa bagnole, une grand Torino (d'où le nom du film). La famille de Thao va lui proposer alors que celui-ci fase des travaux d'intérêts généraux. malgré quelques réticences, Walt va accepter et progressivement se lier d'amitié avec la famille d'autant plus qu'il est vu comme un héros, dans la mesure où il s'est mesuré à un gang, celui-ci va d'ailleurs prendre une importance grandissante dans l'histoire.
Je dois dire que je n'avais jamais vu un film avec Clint Eastwood. Ach, sacrilège! Ben oui, mais il faut bien savoir commencer sa culture cinématographique et il est vrai que ce n'était pas véritablement le bout que j'avais choisi.
Et bien, j'aurai dû.
Clint Eastwood est, dans Grand Torino, un acteur exceptionnel. Il arbore une palette de sentiments absolument géniale. Son jeu est d'une subtilité renversante. Il envoie du bois, c'est rien de le dire. En tant que réalisateur, il est vrai qu'il touche sa bille. Les mouvements caméras, les plans sur lui-même et les autres personnages ainsi que la mise en scène sont d'une maîtrise rare et permettent de rentrer rapidement dans le film. L'identification est réussie à tous les coups et l'on se prend à aimer walt, ce qui au départ n'était pas gagné d'avance.
L'histoire elle-même est une merveille. Nous sommes dans l'apprentissage et la compréhension de l'autre, un peu comme dans M. Ibrahim et les fleurs du Coran, sauf qu'Omar Sharif aurait un colt et que Momo ne serait plus juif mais asiatique. Cette histoire d'amitié n'a rien de caricatural, elle arrive véritablement crescendo et c'est ça, la réussite du film. En aucun cas l'histoire ne part dans une caricature avec les sempiternels "On s'aime" puis "On se sépare car on se supporte plus" et enfin "On se retrouve car, quand même, on s'aime beaucoup". C'est bel et bien la subtilité qui rafraîchit et qui émeut le spectateur ici.
Les seconds rôles sont eux aussi d'une subtilité rare. Il faut citer le prêtre qui revient au début comme un running gag, présent dans toutes les scènes comme si on jouait à "Où est Charlie?", la famille de Walt, puante de vulgarité et de mépris et bien sûr, le pote coiffeur de Walt avec qui il fait des battle de réfléxions désobligeantes et bien sûr la grand mère de Sue et de Thao, aussi raciste que Walt. Rien n'est laissé au hasard dans ce film proche de la perfection dans le sentiment et dans l'intrigue.
Eastwood signe ici une oeuvre exhaltante, tendue et sauvage qui nous flanque une grande claque. Sans vous raconter la fin, je peux vous dire que j'ai pleuré les 15 dernières minutes, il y a des témoins et que j'ai eu un peu de mal à sortir de ce film, tellement il était intense et splendide... Et puis, on a vu Cyprien et là, je me suis dit qu'il y avait cinéma et cinéma.
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19 janvier 2009
Un homme et son chien - Film de Francis Huster
Un homme et son chien
Film de Francis Huster (2009)
Avec
Jean-Paul Belmondo
Julika Jenkins
Hafsia Herzi
Durée: 1h34 - Distribution: Ocean Films
Nous sommes à Paris et Charles (Jean-Paul Belmondo) a bien vécu. Il est aujourd'hui hébergé par une ancienne maîtresse (Julika Jenkins) qui est sur le point de se remarier et par voie de conséquence, de virer Charles de ses appartements avec son chien sous le bras. Charles va alors se promener dans la vie pour un dernier tour de piste où il va se rendre compte de l'ignominie de certains et de la sympathie de quelques autres. Son parcours est suivi par un chien formidable qui rappelle beaucoup celui qui apparaissait dans une série qui passait sur TF1 dans les années 80 et qui s'appelait le vagabond... en fin bon. Cette quête lui permet d'écrire une conclusion à cette vie bien remplie mais qui se termine un peu en quenouille.
Je préfère tout de suite vous préciser qu'il ne faut pas aller voir ce film si vous êtes dans une phase de déprime dû au temps ou à autre chose car il faut bien le dire, ce que propose Francis Huster est un film crépusculaire, déprimant et fort à la fois. La pellicule est exclusivement réservée ici à Bebel qui fait son grand retour au cinéma ici après 6 ans d'absence et un gros pépin de santé si visible à l'écran. Et bien sûr, c'est cela qu'on pourrait reprocher mais je n'ai pas particulièrement envie de rentrer dans ce débat qui a déjà été pas mal visité ces derniers jours. J'ai mon point de vue et il est partagé. C'est plutôt la démarche de Francis Huster qui me hérisse un peu. Il met en avant Belmondo car il sait que sa présence va déployer un maximum de sentiments: la tristesse mais aussi la joie de le retrouver. Vous me direz, c'est un peu le but du cinéma: apporter des émotions. Certes mais ici, l'émotion cache un manque cruel du côté des dialogues.
En effet, c'est un peu la déroute du côté des dialogues avec une volonté farouche de défendre une thèse simpliste qui veut que le monde d'aujourd'hui est individualiste et méchant, que les gens ne savent plus dire "merci". Alors forcément, tous les personnages disent "merci" et solliloquent violemment à perte de films pour dire ce qu'ils ressentent sur eux, sur les autres, sur le monde. Ca aurait pu être intéressant mais c'est si stabiloté que ça en devient usant quelquefois, et c'est bien ça le plus gros problème de ce film.

Un homme, son chien et son
employée de maison
Les autres acteurs - nombreux - sont effacés par cette présence incroyable que nous offre ce Belmondo amoindri. Laissons les mauvais acteurs de côté - Hafsia Herzi en tête qui joue terriblement mal mais qui n'est pas aidée il est vrai - pour parler des autres qui disparaissent aussi vite qu'il passent. On retrouve ainsi Robert Hossein et Jean-Marc Thibault dans un bus pour SDF, Michèle Bernier (pas maquillée), José Garcia et Patrick Bosso dans un bus classique,Sarah Biasini dans une SPA, Daniel Prevost et Françoise Fabian en sauveteurs d'animaux, Antoine Duléry dans un rôle express de nouveau mari, Jean-Luc Lemoine (si, si) qui vient pour une seule réplique dans un rôle de péteux derrière un piano mais aussi Pierre Mondy en vieux lâche ou Christiana Réali sur un banc. Deux moments sont émouvants en ce qui concerne ces acteurs qui ne font que passer, le premier est l'apparition de Charles Gérard qui fut l'un des compagnons fréquents de Bebel au cinéma et qui ici campe un SDF filou qui explique à Jean-Paul comment on fait pour survivre. Le deuxième grand moment est la rencontre entre Bébel et Jean Dujardin, son successeur, qui là aussi est inexistant car à partir du moment où tous ces gens parlent, ça devient compliqué.
Le seul qui ne parle pas de ça, c'est le chien qui est absolument génial. il faut dire que j'adore les chiens alors je ne suis pas objectif. De lus, le chien à l'écran, c'est le mien. Je veux dire par là que ce chien est la copie d'un des miens en bien plus sage d'ailleurs. J'en ai la preuve avec cette photo de mon toutou qui squatte le panier de mon autre chien:
Oui, il est beau hein mon toutou? Alors quand Belmondo apparaît dans cette scène où il retrouve son chien dans une SPA car celui-ci s'était sauvé et que l'acteur le plus doué de sa génération feint le bonheur de le retour, j'ai chialé... mais qu'est ce que j'ai chialé. C'est fou non? C'était d'une beauté incroyable et c'était surtout simple. En règle générale, le film de Francis Huster a pas mal de défauts mais ce qui le sauve, c'est cette association entre Belmondo et son chien, c'est d'une tristesse absolue et ça marque mais encore une fois, c'est comme les chansons de Goldman, ça fait appel aux bons sentiments et quelque part, on s'en veux de s'être fait avoir.
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15 septembre 2008
Furyo - Film de Nagisa Oshima
Furyo
Film de Nagisa Oshima (1983)
Avec
David Bowie
Tom Conti
Takeshi Kitano
Durée: 2h02 - Distribution:
Nous sommes au beau milieu de la seconde guerre mondiale et le moins que l'on puisse dire c'est qu'au Japon, ce n'est pas l'extase en ce qui concerne les relations internationales. L'un des soldats asiatiques (Takeshi Kitano) est un pervers difficile à juguler et son patron (Ryuishi Sakamoto) semble être inflexible. Ils font des prisonniers de guerre et ont tendance à être plutôt agressifs avec eux. L'un d'eux, Jack Celliers (David Bowie), va alors les prendre à leur jeu et s'insurger contre ces pratiques d'un autre temps, il va même arriver à déstabiliser les hauts-gradés, voire à les rendre moins inflexibles... enfin pas de partout (désolé, il fallait que je la fasse).
Si on connaît Furyo, c'est surtout grâce à cette musique si fréquemment entendue par la suite et qui fait parti des 3 BOF les plus connues au monde certainement. Il faut savoir que cette BOF est signée par Ryuishi Sakamoto) qui est 'un des acteurs principaux de ce film. Cette oeuvre fleuve (2h, bon, c'est vrai, c'est pas fleuve, mais vous me connaissez, dès que ça dépasse 1H50...) prend racine dans la complexité des relations européano-japonaises et squrtout s'intéresse au choc des cultures. A ce que certains ont et à ce que certains ne veulent pas.
Une réflexion poussée est donc au rendez-vous de cette production internationale où l'on retrouve, outre le compositeur, le très bon David Bowie dans se rôle de gradé anglais au passé lourd et au désenchantement admirable. On retrouve également Tom Conti et Jack Thompson (doublé ici par Roger Carel) dans les troupes alliées ainsi que Takeshi Kitano, incroyable dans un rôle de cinglé (c'est fréquent j'ai l'impression dans sa filmographie) capable de tout pour faire craquer l'ennemi... et pour se bourrer aussi.
Les relations particulières entre Bowie et Sakamoto sont d'une grande intelligence et le travail de réalisation y est pour beaucoup dans la réflexion que tout ceci apporte, même si tout ceci a quelque peu vieilli. Malgré un sérieux coup de mou vers la fin qui semble ne jamais en finir, on suit se film intelligent, profond et exotique avec un plaisir certain.
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08 septembre 2008
L'empreinte de l'ange - Film de Safy Nebbou
L'empreinte de l'ange
Film de Safy Nebbou (2008)
Avec
Catherine Frot
Sandrine Bonnaire
Michel Aumont
Durée: 1h35 - Distribution: Diaphana Films
Elsa (Catherine Frot) ne va pas bien. Depuis 7 ans, elle traîne un drame affreux qui est la disparition de sa petite fille lors de l'incendie d'un hôpital parisien. Elle va de dépressions en dépressions, tant et si bien que son mari décide de prendre ses distances, si possible avec son fils. Tout va donc très moyennement jusqu'à ce que celui-ci soit invité à un goûter d'anniversaire où est également présente la petite Lola (Héloïse Cunin). Dans les traits de cette petite fille, Elsa croit retrouver sa petite fille. Elle tente alors de se rapprocher de la mère de celle-ci (Sandrine Bonnaire) et se convaint que Lola est bel et bien sa fille et qu'elle a été enlevée. Elle s'abîme dans ses mensonges (car elle ment très bien) et dans ses phantasmes, laissant d'ailleurs de côté son travail, elle est préparatrice en pharmacie dans une gallerie marchande ce qui lui permet au début de passer devant l'affiche de ce film, et son fils.
Voilà donc un sujet difficile qui est traité admirablement. Être dithyrambique ne me ressemble pas, certains d'ailleurs m'en ont déjà fait le reproche. ici, on me fera certainement le reproche inverse car ce film est tout simplement génial. On est happé par cette atmosphère tendue dans laquelle on se sent mal, gêné et en difficulté face à la composition splendide d'une Catherine Frot au mieux de sa forme. Bien sûr, si on sait que je la considère comme l'une des quatre plus grandes actrices de France et ce, de tous les temps, il est facile d'être enclin à lui trouver des qualités mais ici elle est tout bonnement époustouflante, comme habitée par ce personnage douloureux et en perdition depuis longtemps. Elle m'a rappelé la Catherine Frot des Soeurs fâchées (qu'il faut que je le revoie pour vous le chroniquer) dont la sensibilité palpable m'avait retourné. A l'heure où je vous parle d'ailleurs, je suis retourné (ce qui n'est pas évident pour écrire).
En aucun cas je n'oublierai la prestation des autres acteurs, avec en tête Sandrine Bonnaire qui égale à l'aise Catherine Frot. C'est un combat de moeurs en quelques sortes qui démêlent le vrai du faux, la réalité du délire. Michel Aumont apparaît dans une retenue appropriéeet élégante. Pour une fois, les enfants sont bons, ce qui est assez rare pour être souligné avec la petite Héloïse Cunin dont la candeur touchante m'a un peu fait flippé (mais il faut avoir vu le film, je ne pourrais pas vous expliquer) ainsi que les deux garçons, Arthur Vaughan Whitehead et Zacharie Chasseriaud.

Le profil droit de Catherine Frot
(la semaine prochaine, le gauche)
Le réalisateur nous perd quelquefois dans un scénario enrichis de rebondissements tout en douceur, de coups de théâtre feutrés. Malgré tout, j'ai eu une frayeur en voyant arriver la fin car je l'avais un peu deviné mais Safy Nebbou retombe sur ses pieds en nous proposant cinq dernières minutes au bord des larmes et absolument merveilleuses, on peut alors lui pardonner les quelques plans faciles, très peu nombreux comme celui de Thomas attendant sa mère devant une école, ou les dialogues un peu trop explicatifs au début du film. Il y avait quelques temps qu'un film français ne m'avait pas fait ça, c'est bon de se sentir submergé.
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28 août 2008
Les blessures assassines - Film de Jean-Pierre Denis
Les blessures assassines
Film de Jean-Pierre Denis (2000)
Avec
Sylvie testud
Julie-Marie Parmentier
Isabelle Renault
Durée: 1h34 - Production: ARP
Dans les années 30 au Mans, les soeurs Papin cherchent à être employées pour subvenir à leurs besoins. il faut dire qu'elles n'ont pas été aidées par la vie: une grande soeur violée par son père qui rentre dans les ordres (la grande soeur, pas son père) et une mère plus occupée par ses relations amoureuses que par sa progéniture. Christine (Sylvie testud) commence à trouver des petits emplois jusqu'à ce qu'elle tente d'introduire sa soeur auprès de ses propres employeurs. La passion de Christine pour sa soeur Léa (Julie-Marie Parmentier) vire assez rapidement à une obsession malsaine et cette folie amoureuse exclusive va bientôt se transformer en une haine de l'autre, et plus particulièrement en une haine de sa patronne et de la fille de celle-ci, qui a l'air d'être proche de Léa.
Si l'idée est bonne d'adapter ce fait divers sordide et sanglant, Jean-Pierre Denis passe plutôt à côté de son sujet. La folie meurtrière de Christine est effectivement visible et amenée de manière intelligente mais la mise en scène tordue et complexe que nous livre le réalisateur a tendance à perdre le spectateur. En effet, l'installation des personnages et des situations est particulièrement décousue. l'option de monter l'enfance des soeurs à grands coups d'ellipses et de flashbacks reste une idée certainement bonne sur le papier mais qui produit un effet catastrophique sur la logique de l'histoire. Impossible dès lors de comprendre vraiment ce qu'il se passe et il m'a bien fallu une bonne demi-heure pour déméler l'écheveau de cette histoire pourtant simple. a force de vouloir faire joujou avec la caméra et de tenter de s'incruster dans la tête de Christine, le réalisateur s'embourbe dans une histoire sombre et mal dialoguée.
Les dialogues, parlons-en, représentent peut-être la plus grosse faute de goût de ce film. En effet, je défends toujours cette idée mais qui parle comme ça dans les années 30? Les personnages ont l'air d'avoir bouffé un dictionnaire de proverbes et n'ont pas de crédibilité. Les dialogues sont peu vivants, trop écrits pour donner dans le réalisme, les jeux sur les phrases fatiguent rapidement.
Là, on peut croire que j'ai détesté. Ce n'est pas véritablement le cas car Sylvie Testud sauve en partie ce film grâce à une interprétation remarquable où l'actrice prend à coeur ce rôle jusqu'à une folie qui ne semble même pas simulée. Elle est tour à tour inquiétante et pathétique, habite véritablement son personnage et s'éclate littéralement. A croire qu'elle au moins a compris qui était Christine Papin. Dès lors, elle aurait pu en toucher deux mots au réalisateur...
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07 mai 2008
Le grand alibi - Film de pascal Bonitzer
Le grand alibi
Film de Pascal Bonitzer (2008)
Avec
Valeria Bruni-Tedeschi
Anne Consigny
Lambert Wilson
Durée: 1h30 - Distribution: UGC
Pierre (Lambert Wilson) est mort. Il a été assassiné au sortir d'une piscine alors qu'il se frottait langoureusement le torse avec une serviette rouge. Les suspects sont légions: entre son épouse (Anne Consigny) qui connaissait son statut de femme trompée, sa maîtresse dépressive et artiste (Valeria Bruni-Tedeschi) qui en a marre de le partager, son autre maîtresse actrice (Caterina Murino) qu'il a du mal à oublier, Marthe (Céline Sallette) avec qui il flirte alors qu'on ne comprend qui elle est dans l'histoire et un auteur chiant qui n'arrive pas à écrire et qui essaye d'oublier en picolant (Matthieu Demy), on a de quoi se perdre. Tout ceci se passe chez un sénateur amateur d'armes (Pierre Arditi) et sa femme qu'on rêverait pour le coup de supprimer.
Il faut tout d'abord préciser que la bande-annonce est d'une malhonnêteté déconcertante. En effet, on pourrait croire que le film est un bon vieux polar où se mêlent les faux-semblants et les mauvaises pistes, d'autant plus qu'il est tiré de l'oeuvre d'Agatha Christie. Mais à la projection de ce film, que dire du résultat? C'est tout simplement abérrant. On comprend mal comment on a pu laisser sortir un film aussi peu intéressant et inabouti.
Les personnages sont laissés à l'abandon par un réalisateur qui manifestement s'en fout de savoir si les relations qui sont construites sont cohérentes ou pas. Les acteurs ne sont pas mauvais loin de là, avec en tête Pierre Arditi qui a l'air quelquefois de se demander ce qu'il fait là mais on ne comprend pas toujours quels sont les rapports existants, il paraîtrait même qu'un des personnages se trompe dans un prénom. Sincèrement, je n'ai pas fait attention, je devais être en pleine micro-sieste. Le rythme lent qui sied bien à ce genre de film plombe ici totalement l'essai en tentant désespérement de donner une réflexion philosophique à l'ensemble, réflexion qui haussille sans trop savoir où aller entre la mémoire, le sexe et le lien social.

Lambert Wilson, future victime, va bientôt quitter
le film... La chance...
S'il fallait trouver encore un défaut à ce film, ce serait la prétention. En effet, les personnages sont puants de bourgeoisie, à la limite de la caricature et on en vient à souhaiter même rapidement voir le coupable démasqué pour éviter de cohabiter encore quelques minutes avec eux. Alors ça boit des mojitos, ça fait la gueule en préparant la salade ou en bouffant des tartines, ça veut pas regarder la télé pour mieux s'entendre respirer mais c'est entièrement factice. Là où Claude Chabrol sait dépeindre avec finesse une bourgeoisie sclérosée, Bonitzer ne fait que l'imiter de manière outrancière. A oublier.
°
04 avril 2008
La Zona, propriété privée - Film de Rodrigo Pla
La Zona, propriété privée
Film de Rodrigo Pla (2008)
Avec
Daniel Gimenez Cacho
Daniel Tovar
Alan Chavez
Durée: 1h38 - Distribution: Memento
Au Mexique, une propriété privée prévue pour des familles aisées existe au milieu des favellas. Elle est protégée par de hauts murs d'enceinte, des barbelés et une société de protection privée parallèle à la police qui dès lors, n'a pas le droit de cité ici. Il faut dire que les flics là bas sont corrompus et ferment les yeux sur certains méfaits qui se passent derrière ces murs contre monnaie sonnante et trébuchante. Un jour, le mur d'enceinte est abimé par une enseigne mal attachée et par une nuit de tempête, trois jeunes issus de la population pauvre pénetre dans la Zona pour voler. Malheureusement, le braquage tourne mal, une femme, un gardien et deux des voleurs sont tués. S'installe alors un climat de suspicion pesant dans la communauté d'autant plus que tous ces petits bourgeois si égoïstes (pléonasme) sont importunés par un flic consciencieux (oxymore) et que Alejandro (Daniel Tovar), jeune rejeton d'un couple de petit bourgeois cité plus haut, découvre que le troisième voleur s'est installé dans sa cave.
Rodrigo Pla signe ici une oeuvre qui se rapproche du reportage. Le travail est sombre et soigné. la lumière est ingénieuse. Cela suffit-il pour en faire un bon film? Non. Ce qui en fait un film particulier est sûrement ce rythme un peu lent qui rend l'ensemble particulièrement austère. Austère, c'est le terme qui colle à la peau de cette communauté sans joie où l'objectif reste le bonheur même si l'on doit passer par la violence.
C'est donc un bonheur tout relatif qui nous est présenté ici et les acteurs troublent par un jeu juste et violent. Je dois le dire, c'est la première fois depuis que je fais ce blog que je change d'avis aussi radicalement dans le dernier quart d'heure du film. La lenteur et l'austérité de ce film prend tout son sens dans les scènes de fin qui sont d'une rare justesse mais également d'une violence inouïe. Je ne vais certainement pas vous raconter la fin même si ça me démange mais c'est tout bonnement une claque dans la gueule, une remise en question jouissive qui m'a tout bonnement marqué.
Ce film a été récompensé à Venise et c'est justifié. La Zona propriété privée dénonce une société à deux vitesses qui se jouxte et qui ne se reproche plus rien. Des bourgeois idiots aux flics salauds, il est vrai que tout ceci peut paraître schématique mais les populations pauvres ne sont pas des modèles de vertu pour autant, c'est donc un film pessimiste et sauvage qu'il faut absolument voir.
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14 février 2008
Heros - Film de Bruno Merle
Heros
Film de Bruno Merle (2007)
Avec
Michaël Youn
Patrick Chesnais
Jakie Berroyer
Durée: 1h56 - Distribution: Shellac
Qui est le héros? Qui est la victime? Pierre Forêt est chauffeur de salle, il fait le cake devant un public venu applaudir Tex, Olivier Minne ou pire, Jean-Luc Reichmann. Le problème, c'est que Pierre est malheureux derrière son masque de clown. Il voudrait être pris au sérieux. Il va alors littéralement péter les plombs et enlever Clovis Costa, le roi de la chanson française (toute ressemblance avec...). Son but, montrer qu'il peut toucher les gens et les faire pleurer. En échange de la libération du chanteur, il veut qu'on organise un concert où il pourrait s'exprimer.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce film est déroutant. On entre dans une atmosphère tendue et inquiétante.
Michaël Youn a tourné déjà quelques films drôles mais pas top et là, il entre dans un film bien plus noir. Beaucoup de critiques n'aiment pas ce film. Eh bien, je serai à contre courant.
Je trouve ce long métrage passionnant, d'une force singulière, d'une belle inventivité. S'il fallait comparer ce film à un lieu, ce serait un labyrinthe. Le réalisateur nous perd dans une histoire entre les phantasmes de Pierre et sa réalité. On ne s'ennuie jamais avec un scénario tortueux et passionnant.
C'est particulièrement Michaël Youn qui est époustouflant. Je vais être honnête, il me pompe un peu l'air avec ses blagues de corps de garde et son obsession de montrer son cul à tous les passants... Ici, il est inquiétant, touchant, pathétique, allumé. Il tient son rôle de manière extraordinaire face à un Patrick Chesnais pour une fois bon en rock-star déconcertée et face à un Jakie Berroyer surprenant. Les thèmes abordés le sont de manière subtile: la mort du père, la célébrité, l'image que l'on renvoit aux autres.

Devinette: Qui se cache derrière
ce déguisement de momie?
De plus, voyez le film pour les idées audacieuses du réalisateur qui est lui-même un personnage à part entière ou encore pour le générique de fin qui reste pour moi l'une des plus belles idées du film (Je vais pas vous le dire sinon c'est pas drôle).
Un problème seulement (mais c'est pas grand chose): les dialogues sont quelquefois trop bavards mais heureusement, ce n'est pas trop écrit ce qui lui donne un peu plus de lucidité. Allez voir ce film déroutant qui m'a scotché autant pour ces acteurs que pour ces idées scénaristiques.
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14 janvier 2008
XXY - Film de Lucia Puenzo
XXY
Film de Lucia Puenzo (2007)
Avec
Inès Efron
Ricardo Darin
Valeria Bertucelli
Durée: 1h30 - Distribution: Pyramide
Alex est une jeune fille et les parents ont été bien inspirés de l'appeller Alex car elle est hermaphrodite. En effet, elle est fille mais se transforme depuis sa naissance en garçon. C'est un drame dans la famille et la mère d'Alex va alors convier un chirurgien connu afin de s'occuper du cas d'Alex.
Celui-ci arrive avec sa famille dont le fils, ado timide, végétarien et au visage ingrat, qui ne vas pas regretter ses vacances... Alex, jeune ado rebelle et mal dans sa peau (c'est bien compréhensible), joue un jeu malsain où elle découvre son corps, sa sexualité et la vie.
Le résumé que je viens de faire est à l'image du film, pompeux et sombre. C'est un sujet compliqué à aborder et très casse-gueule. Le réalisateur doit donc prendre ses marques et éviter de tomber dans un pathos ridicule. C'est malheureux mais le pathos en question, il ne le loupe pas.
Pire! Il fait le plein de symbolisme très cul-cul et enchaîne les images, toutes plus navrantes les unes que les autres. Je vous explique: le centre de l'histoire est forcément le sexe alors tout ce qu'il ne faut pas faire en la matière est fait. La première rencontre entre Alex et Alvaro (le jeune homme au physique difficile... n'en déplaise à Gérard Lefort de Libération...) est très crue et, selon moi, plutôt bien sentie mais était-ce une obligation d'enfiler (si je puis dire) les symboles sexuels juste derrière: La scène du lavage de dents des deux ados (serais-je un grand tordu mais ça ressemble terriblement à autre chose), le découpage d'objets phalliques comme le saucisson et la carotte à plusieurs moments du film ou encore l'arrivée de la maturité quand Alvaro, fraîchement victime d'un dépucelage inattendu, a le droit de boire du vin sur les encouragements de son père qui déclare, péremptoire: "Maintenant, tu es grand", tout y passe...
Alors forcément, je me pose des questions: pourquoi tant de haine face à une histoire qui aurait pu être si belle? Tous les beaux moments du film sont systématiquement gâchés par un acharnement obsessionnel du réalisateur à rendre toutes ces scènes complètement ridicules à cause d'une mise en scène naïve. De plus le rythme est bien trop lent, l'ennui arrive assez rapidement.
J'aurai aimé croire en ce film dont le sujet est si beau et si sensible. La magie de ce qui aurait pu être une plongée mémorable dans cette vie si singulière retombe aussi sec malgré les efforts louables des acteurs, avec en tête la jeune Inès Efron (a t-elle un rapport avec Zac Efron de High school musical?). A noter un truc rigolo qui intéressera ma famille si elle lit ces lignes (et pour les autres également), l'acteur qui joue le rôle du père de l'amie perverse d'Alex est le sosie de mon papa. C'est saisissant et, pour tout vous dire, ça m'a réveillé.
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03 septembre 2007
La fille coupée en deux - Film de Claude Chabrol
La fille coupée en deux
Film de Claude Chabrol (2007)
Avec
François Berléand
Ludivine Sagnier
Benoît Magimel
Durée: 1h55 - Distribution: Wild Bunch
Un auteur à succès (François Berléand) qui déteste les journalistes et qui préfère vivre en province qu’à Paris a un petit problème : il se tape tout se qui bouge. Pourtant, il aime toujours sa femme et celle-ci lui rend bien. N’empêche, il ne peut pas s’arrêter ; il drague, il drague encore et encore. Son éditrice (Mathilda May) ne s’en plaint pas puisqu’elle en profite.
Son destin va basculer quand il s’éprend sur un plateau de télévision d’une demoiselle Deneige (Ludivine Sagnier)… qui fait la météo (mais quel humour) et qu’il la met sous son joug. Ils écument les boîtes à partouze, essayent des trucs un peu spéciaux (Vous voulez un café ?) et à la fin Berléand la largue. La petite, qui drague aussi un fin de race (Benoît Magimel), est déprimée et le film commence enfin.
Sagnier / Berléand:
"Tu veux vraiment pas un café?"
J’aime bien Chabrol, j’avais adoré L’ivresse du pouvoir (ne serait-il pas sur le site ?) et son ambiance pesante. Ici, autant le dire, on s’emmerde un peu. Le rythme lent nous perd peu à peu et je dois bien le dire, il y a longtemps que je n’avais pas piqué du nez au cinéma… Cela datait du Nouveau monde mais ceci est une autre histoire. Les acteurs sont loin d’être mauvais mais l’ambiance imprimée par Chabrol, bien qu’intéressante, ne parvient pas à m’accrocher et à me donner envie d’en savoir plus. De plus, les personnages sont quelque peu stéréotypés : Le personnage de Berléand et surtout celui de Magimel sont inconséquents et nous ennuient un peu. La fin n’est malheureusement pas meilleure et nous laisse dessus (sur la fin donc… Suivez un peu voyons…)
Le film ne vaut que pour la curiosité qu’il peut engendrer et pour Berléand qui reste un des meilleurs acteurs du moment. Le reste n’est qu’anecdote.
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