Grand_Torino_afficheGrand Torino
Film de Clint Eastwood

Avec
Clint Eastwood
Bee Vang
Ahney Her

Durée: 1h55 - Distribution: Warner Bros

 

Walt KowalskiKowalski est un ancien de la guerre de Corée donc autant vous dire qu'il ne faut pas venir l'emmerder, d'autant plus qu'il vient de perdre sa femme et qu'il se retrouve seul avec sa chienne Daisy (Walt? Daisy? Clin d'oeil à Disney???). Il se trouve que Walt est également ce que l'on appelle un facho d'exception à première vue: il déteste foncièrement les étrangers. Il n'est en vérité que xénophobe (la peur des étrangers donc, ce n'est pas exactement la même chose) et ce sont ses voisins qui vont en faire les frais, dont Thao, gamin d'une dizaine d'années qui va se faire embringuer par un gang et qui va également tenter de piquer la bagnole de Walt, une Grand Torino (d'où le nom du film). La famille de Thao va lui proposer à Walt les services du gosse, histoire de le punir un peu. Walt va progressivement se lier d'amitié avec la famille d'autant plus qu'il est vu comme un héros puisqu'il s'est mesuré à un gang qui prend d'ailleurs une importance grandissante dans l'histoire.

Je dois avouer ici que je n'avais jamais vu un film avec Clint Eastwood. Ach, sacrilège! Ben oui, mais il faut bien savoir commencer sa culture cinématographique et il est vrai que ce n'était pas véritablement le bout que j'avais choisi.

Et bien, j'aurai dû.

Clint Eastwood est, dans Grand Torino, un acteur exceptionnel. Il arbore une palette de sentiments absolument géniale. Son jeu est d'une subtilité renversante. Il envoie du bois, c'est rien de le dire. En tant que réalisateur, il est vrai qu'il touche sa bille. Les mouvements caméras, les plans sur lui-même et les autres personnages ainsi que la mise en scène sont d'une maîtrise rare et permettent de rentrer rapidement dans le film. L'identification est réussie à tous les coups et l'on se prend à aimer walt, ce qui au départ n'était pas gagné d'avance.

L'histoire elle-même est une merveille. Nous sommes dans l'apprentissage et la compréhension de l'autre, un peu comme dans M. Ibrahim et les fleurs du Coran, sauf qu'Omar Sharif aurait un colt et que Momo ne serait plus juif mais asiatique. Cette histoire d'amitié n'a rien de caricatural, elle arrive véritablement crescendo et c'est ça, la réussite du film. En aucun cas l'histoire ne part dans une caricature avec les sempiternels "On s'aime" puis "On se sépare car on se supporte plus" et enfin "On se retrouve car, quand même, on s'aime beaucoup". C'est bel et bien la subtilité qui rafraîchit et qui émeut le spectateur ici.

Les seconds rôles sont eux aussi d'une subtilité rare. Il faut citer le prêtre qui revient au début comme un running gag, présent dans toutes les scènes comme si on jouait à "Où est Charlie?", la famille de Walt, puante de vulgarité et de mépris et bien sûr, le pote coiffeur de Walt avec qui il fait des battle de réflexion désobligeantes et bien sûr la grand mère de Sue et de Thao, aussi raciste que Walt. Rien n'est laissé au hasard dans ce film proche de la perfection dans le sentiment et dans l'intrigue.

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Dirty Harry

Eastwood signe ici une oeuvre exhaltante, tendue et sauvage qui nous flanque une grande claque. Sans vous raconter la fin, je peux vous dire que j'ai pleuré les 15 dernières minutes (il y a des témoins) et que j'ai eu un peu de mal à sortir de ce film, tellement il était intense, splendide et bouleversant... Et puis, on a vu Cyprien et là, je me suis dit qu'il y avait cinéma et cinéma.

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