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Fiche technique:

Agathe Cléry
Film d'Etienne Chatillez (2008)

Avec
Valérie Lemercier
Isabelle Nanty
Dominique Lavanant

Durée: 1h53 - Distribution: Pathé

Agathe Cléry (Valérie Lemercier) est une raciste d'envergure. Elle est cependant bombardée subitement directrice du marketing d'une grosse boîte de cosmétiques, comme quoi y a vraiment pas de justice...
Mais attention, c'était sans compter une maladie mystérieuse qui rend sa peau de plus en plus noire ce qui pour une raciste, vous en conviendrez, est un cauchemar, un cauchemar très con, mais un cauchemar quand même.
Elle voit alors sa vie basculer: son mec la quitte, son patron (Jean Rochefort) la vire, son propriétaire veut la mettre dehors. Elle se rend compte donc que, oh la la c'est dur d'être une personne de couleur dans ce vilain monde avec des vilains méchants racistes pas beaux qui font rien qu'à l'embêter. Heureusement, l'amour va surgir sous les traits d'Anthony Kavanagh... Oui, un malheur n'arrive jamais seul.

Le postulat de départ ne manque pas d'intérêt: une raciste doit se mettre à la place des gens qu'elle maltraite à longueur de temps pour se rendre compte qu'elle est une grosse conne et qu'il n'y a rien de mieux que la diversité. Jusque là, pas de problème, je signe et je ressigne.
Mais pourquoi donc Etienne Chatillez a t-il décidé de massacrer ce beau sujet pour en faire une dénonciation bétasse, schématique et maladroite?
Accouplement immoral entre la pub pour la MAAF et un vieux message de SOS racisme, ce film est d'une bêtise incommensurable. Le scénario passe totalement à côté du problème, tous les poncifs du genre se succèdent (danse africaine, regard des autres, blagues racistes qui ne font plus rire quand on comprend la douleur qu'elle provoque) avec un tel manque de subtilité qu'on se demande bien si Chatillez voulait défendre ou descendre son sujet.
De plus, le côté comédie musicale qui aurait dû donner le décalage approprié rend l'ensemble encore plus pataud et, il faut bien le dire, ralentit l'intrigue de manière inexorable..

Le sujet est maltraité et les acteurs y font ce qu'ils peuvent. Valérie Lemercier crie beaucoup et se en devient un peu épuisante au bout d'un moment, Isabelle Nanty prend son air étonné n°2 et n'en change pas du début à la fin, Jean Rochefort semble  - malheureusement pour lui - en roue libre, Anthony Kavanagh héridte d'un rôle inutile servant une cause massacrée. Seule Dominique Lavanant s'en sort honorablement en maman prévenante.
Et le scénario s'embourbe lamentablement. Chatillez se dit: "Si des DRH se permettent de ne pas prendre des gens de couleur, pourquoi une boîte avec des gens de couleurs ne serait pas raciste elle aussi". Et là, à cet instant, on touche le fond du schématisme, la lie du truc nauséabond sur le grand air de "La vie c'est pas si simple, y a des racistes partout". Jusque là, le spectateur arborait un sourire gêné, maintenant il ne rit plus.

Dénonciation niaise d'une société où le racisme est partout mais est-ce si simple... Chatillez se permet des raccourcis affolants qui baissent le niveau de manière complaisante car l'auteur se dit que le Gérard moyen ne comprendra pas si c'est subtil. A force de prendre les gens pour des cons, on fait du bas de gamme.

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Efficace et pas cher...


J'écoute le merveilleux "Rock around the bunker" de Gainsbourg pendant que j'écris cette critique. L'album est conceptuel: il parle de l'antisémitisme - déclinaison d'un racisme que Serge Gainsbourg a bien connu - avec beaucoup de dérision: on y parle d'un sujet dur en prenant la place d'Hitler et en utilisant une musique décalée et des choeurs géniaux de filles évaporées. C'est tout ce que n'a pas su faire Chatillez: dénoncer avec intelligence, provocation et avec, paradoxalement, un respect terrible du sujet car effectivement le rire est une arme de défense massive et celà l'a toujours été, j'en suis intimement persuadé... sauf qu'il faut du talent pour ça et Chatillez l'a a priori perdu.

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